Situation de la pédopsychiatrie

Communiqué commun 6 juin 2017

 

Collège National des Universitaires de Psychiatrie

Fédération Française de Psychiatrie

Société de l’Information Psychiatrique

Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux

 

Les pédopsychiatres réunis au sein de la Fédération Française de Psychiatrie (FFP-CNPP), du Collège national des Universitaires de Psychiatrie (CNUP), de la Société de l’Information Psychiatrique (SIP), et du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) félicitent Madame la Professeure Agnès Buzyn et Madame Frédérique Vidal, pour leurs nominations respectives en tant que Ministre des Solidarités et de la Santé et Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Les pédopsychiatres tiennent à les alerter sur la fragilité et le risque réel actuel de disparition de leur discipline, et avec elle, des capacités de notre société à prendre soin de ceux qui constituent son avenir[1].

La pédopsychiatrie est une discipline à la croisée de divers champs : la psychiatrie, la pédiatrie, la neurologie, la psychologie, les sciences humaines. Son contour large s’assortit de connaissances exigeantes nécessitant une formation initiale globale et complexe. Elle a en charge une population qui s’étend de zéro à 18 ans et jusqu’à la parentalité des futurs parents. Ses missions couvrent la prévention, les évaluations, les parcours diagnostiques, les soins et interventions. Son périmètre d’action, dont les centres médico-psychologiques (CMP) sont le pivot, se développe dans une logique territoriale, multidisciplinaire et partenariale. Les pathologies qu’elle traite sont diverses et multiples : neuro-développementales, fonctionnelles ou symptomatiques dans le cadre d’entrée dans des processus qui risquent de se fixer sur un mode pathologique aigu ou chronique.

Aujourd’hui la situation est alarmante (1): en 10 ans, le nombre de pédopsychiatres a été divisé par deux. Il le sera encore dans les 10 années suivantes. La formation n’est plus adaptée, trop courte et ne permet pas aux internes d’assimiler toutes les avancées de la pratique moderne de la psychiatrie de l’enfant. Aujourd’hui déjà, des facultés de médecine renoncent à nommer un professeur de pédopsychiatrie. Il n’y aura plus, alors, la possibilité de former de nouveaux pédopsychiatres, mais aussi de nombreux professionnels du champ de l’enfance. La recherche, alors que certains déplorent son insuffisance, perdra l’essor déjà fragile qu’elle connaît alors que c’est elle qui constitue le moteur de l’évolution des pratiques.

Pour y remédier, il est primordial :

  • Que l’accès et la qualité de la formation initiale des pédopsychiatres soient facilités et garantis à la hauteur des besoins de la population : un enseignement universitaire en pédopsychiatrie pour chaque faculté de médecine.
  • Que les recherches cliniques, épidémiologiques soient soutenues ; qu’elles s’appuient sur les données des populations suivies par les services publics, les secteurs de psychiatrie infanto-juvénile ; ainsi pourra-t-on évaluer sur le plan longitudinal les besoins selon les processus pathologiques d’une part, en fonction de l’impact des dispositifs et techniques de soins d’autre part.
  • Que l’organisation du parcours de soin et d’interventions sur chaque territoire soit revue en fonction des données démographiques actuelles, en différenciant les compétences et la place de chacun, en considérant toutes les populations et les pathologies sans exclusives. Cette réorganisation doit se faire en concertation avec les pédopsychiatres, afin d’en améliorer l’efficience grâce à des dispositifs de soins gradués.
  • Que la politique de prévention, affichée comme priorité du Président, soit réellement engagée dans le domaine des troubles psychiques et/ou du développement (en périnatalité notamment, mais aussi durant toute l’enfance et l’adolescence). Le meilleur investissement en matière de santé est celui en faveur du développement précoce, notamment du développement émotionnel, de la lutte contre les négligences et les maltraitances.

 

Les pédopsychiatres sont attachés à la dimension de santé publique de leur discipline et ont des propositions à soumettre. Nous demandons à être reçus afin de travailler sans tarder sur ces points urgents concernant l’avenir de notre société.

 

 

Dr Gisèle Apter, présidente de la Société de l’Information Psychiatrique

Dr Marc Bétrémieux, président du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux

Dr Jean Chambry, président du Collège de pédopsychiatrie de la Fédération Française de Psychiatrie

Pr David Cohen, Collège National des Universitaires de Psychiatrie

 

[1]               [1] Situation de la psychiatrie des mineurs en France : Rapport sénatorial disponible au https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-494-notice.html