CRISE SANITAIRE EN GUADELOUPE
APRÈS L’EAU, LE FEU

Après que la Guadeloupe et Saint-Martin aient été gravement touchées par les cyclones majeurs Irma et Maria, le CHU de Pointe-à Pitre a dû être entièrement évacué mardi 28 novembre suite à un incendie.

Trois étages du CHU ont été la proie des flammes, qui ont gravement endommagé des locaux techniques, mais aussi la maternité, la pédiatrie, la réanimation, les blocs opératoires, les urgences, etc.

Si l‘évacuation de l’ensemble des malades et des personnels a pu se faire en quelques heures, c’est grâce au professionnalisme et au dévouement des personnels, ainsi qu’à la solidarité de l’ensemble de la communauté hospitalière de Guadeloupe, établissements publics et privés sans distinction Un seul blessé grave, intoxiqué par les fumées, est à déplorer. Le SPH salue l’engagement de tous les hospitaliers.

Après la crise aigüe, le dispositif de santé de la Guadeloupe doit s’organiser dans la durée avec un CHU non fonctionnel, dont les activités redémarreront de façon partielle dans les prochains jours, mais qui ne sera pas opérationnel avant plusieurs mois. Un hôpital « de campagne » est en cours de déploiement, qui permettra l’accueil d’une partie des urgences et quelques interventions chirurgicales.
Les services d’hospitalisation de psychiatrie, situés « à part » du bâtiment principal ne sont pas concernés par le sinistre mais… si l‘ARS a pensé a déclencher la CUMP (bien qu’il n’y ait pas eu de situation traumatisante, selon notre première analyse, grâce à l’efficacité des secours, des soignants, et des établissements d’accueil), personne n’a pensé à organiser les urgences psychiatriques… reportées automatiquement vers le Centre Hospitalier de Montéran à Saint-Claude, l’autre bout de la Guadeloupe.

Après les cyclones et le feu (en attendant un tremblement de terre ?), la Guadeloupe est mise au défi par les éléments d’organiser les complémentarités public/privé, et un indispensable « virage » ambulatoire. Sauf que personne ne le coordonne, sauf que les CMP manquent de psychiatres (tandis que Saint-Martin n’a plus de CMP, et que le CHU manque de lits…).

Une autre grande leçon à répéter aux technocrates : en milieu insulaire (isolé), en contexte de risques climatiques majeurs, il est périlleux de penser les organisations sanitaires sur un mode unipolaire ! Les concentrations hospitalières, les GHT uniques, quand leur établissement « support » s’effondre, laissent la population en danger…

Leçon subsidiaire : si on veut développer l’ambulatoire, encore faut-il une démographie médicale suffisante… En Guadeloupe faudra-t-il bientôt officialiser que la santé mentale de première ligne est confiée aux sorciers et « tradipraticiens » ?

MICHEL EYNAUD, conseiller régional SPH Antilles